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Pourquoi?

wêpinâsowina : offrandes (aux esprits)

L’idée de cette offrande m’est venue au début de 2001, quand j’ai entendu parler pour la première fois, et dans une certaine mesure, de l’interactivité de bases de données en ligne. Ou, plus précisément, de la capacité de l’usager de choisir son propre chemin narratif. Je me familiarisais par ailleurs avec les moteurs de recherche, les méta-étiquettes, les étiquettes et les mots clés qui, alliés au concept du « fantôme dans la machine » (et de phénomènes connexes), me faisaient penser à la perception qu’a l’esprit humain des prières et demandes quelle que soit la forme que leur donne une vision du monde particulière. J’ai pensé alchimie. Transmutation des mots, des intentions, des matériaux et des éléments en d’autres substances, d’autres réalités, d’autres royaumes. Plus immédiatement, je me suis demandé comment je décrirais le cyberspace à une personne âgée ou un aîné. D’où vient-il? De quel domaine premier procède-t-il? Et surtout : le soleil y brille-t-il? L’eau y coule-t-elle? Est-ce que l’herbe y pousse? Est-ce que le vent y souffle?

L’hypertoile était déjà pleine d’animations gif et Flash et QuickTime, et j’ai commencé à remarquer l’effet de ces images animées : soit prodigieusement agaçantes soit successivement agréables et apaisantes, selon l’association ou la relation de chacun avec l’image et son expéditeur. Ces observations me sont devenues utiles, surtout au terme de périodes intenses ou de jours et de nuits interminables passées devant un écran d’ordinateur. J’ai commencé à fréquenter des sites de divination (voir la page des liens) où, aux petites, heures, l’interactivité et les connexions aux effets kinesthésiques m’ont parfois apporté quelque réconfort, tout comme le fait qu’il me semblait avoir trouvé un lieu où prier et où subsistait une trace de l’activité à propos de laquelle ma méditation pouvait progresser, pour m’aider à comprendre et à poursuivre le cheminement de ma vie.

Depuis mes premières interactions avec ce nouveau domaine (alias cyberespace) en 1993-1994, l’expérience reste positive, les seules exceptions étant cette fois où mon serveur a été piraté ou s’est planté, m’empêchant de retrouver mon travail, et cette autre où j’ai envoyé un courriel trop vite sans vérifier s’il n’allait pas à la mauvaise adresse. Bref, ce genre de choses... Les serveurs sont devenus un prolongement de mon studio et de mon bureau, où je réfléchis, j’observe, j’évolue et je travaille; d’où je peux transmettre et partager information, découvertes, conclusions et significations.

Mes bonnes expériences sont nombreuses : depuis la première visite guidée de l’ordinateur et d’Internet avec les grand-mères des réserves, jusqu’aux messages surprises des enfants adoptés par ma famille et mes amis depuis longtemps perdus de vue en passant par les invitations par courriel à présenter un peu partout au monde mon travail et cette vision crie du monde que j’ai faite mienne. Cette possibilité, enfin, de consolider cette toile toujours croissante qui se tisse, de relations en relations, tout autour de notre mère, la Terre.

Ce site fait partie de mon commentaire continu sur l’identité. âpihtawi-kosisân iskwêw (femme de sang mêlé) au regard nêhiyawin (vision du monde propre aux Cris), j’ai derrière moi une quête et une expérience qui me portent à croire qu’aucun drapeau, aucun motif ni aucun emblème ne peut seul conférer un sentiment de collectivité ou d’esprit national. Beaucoup d’images, pourtant, ont été consacrées ou adoptées et conservent une grande importance affective et historique. Mais, comme je l’ai appris, beaucoup plus encore ont été perdues ou disputées. Nul symbole, nulle icône n’est assez dynamique pour être définitif.

Ce site, dédié au souvenir de M. Andy Naytowhow, repose sur le système qu’il m’a enseigné, à moi et à tant d’autres qui ont eu la chance de passer sous son regard généreux (prière de consulter la page des « Hommages »). Mes années et mon expérience de la vie dans le nord de la Saskatchewan parmi la famille Naytowhow, ont instillé en moi cette nêhiyawin (vision du monde crie), qui englobe toutes ces cérémonies et ces sociétés sociales qui observent et célèbrent nos talents et nos dons, et façonnent notre relation continue avec la nature et les attachements phénoménaux avec les sphères naturelles et spirituelles. Un peu à l’instar des rites tibétains, l’accrochage de drapeaux de prière amorce une communication avec le royaume spirituel (prière de lire le texte de Ahasiw, « ici » ou l’essai de Daina Warren, « ici »). wêpinâsowina est ma façon de dire que nos ancêtres et les esprits ont l’œil sur nous même dans le cyberspace, où on peut trouver du soutien pour peu qu’on utilise les mots à bon escient.

« La mécanique de la terminologie informatique et d’Internet servent aussi à expliquer la cérémonie des préparatifs spirituels de wêpinâsowina : ramasser des pierres, prier, chanter, arroser, etc., le tout ensemble et en harmonie pour appeler un résultat favorable. (Joseph Naytowhow. Extrait d’une conversation récente par courriel, © 2006.) Dans cette même optique, ce projet n’aurait pas été mené à terme sans la collaboration éclairante, la bonne volonté, la générosité et l’intérêt d’une gamme de spécialistes : programmeurs, spécialistes des cérémonies, linguistes, concepteurs, conservateurs, personnel des centres dirigés par des artistes et collègues (prière de consulter la liste complète à la page « Remerciements »).

Je fais donc cette offrande pour aider à comprendre un processus similaire (prière de lire l’« Hommage » à Joseph). Loin d’être une blague, un substitut ou un artifice, c’est un rappel discret et sociable du fait que peu importe où l’on est, on peut espérer et prier; que le vent continue de souffler et de porter nos espoirs et nos rêves, nos soucis et nos afflictions aux oreilles des ancêtres et des esprits. J’espère que vous trouverez ici quelque réconfort. tawâw (soyez les bienvenus; ici, il y a une place pour vous).

Cheryl L’Hirondelle, 2006

Cheryl L’Hirondelle (alias Waynohtêw, Cheryl Koprek), née en Alberta mais vivant actuellement à Vancouver, de sang mêlé (Métisse, Crie, « non inscrite », Française, Allemande et Polonaise). Artiste multi- et interdisciplinaire.
Depuis le début des années 1980, Cheryl crée (seule ou en collaboration), interprète et présente des œuvres de disciplines très variées : arts de la scène, musique (chant, percussions, composition, arrangements, production), théâtre (interprétation, écriture), poésie performance, narration, installations artistiques (en fonction d’un lieu particulier ou du type géosculpture), vidéo et nouveaux médias (net.art, radio pirate, art audio).
Voici quinze ans environ qu’elle travaille à la programmation d’activités culturelles, comme stratège et activiste culturelle, conseillères en arts, animatrice et coordonnatrice, administratrice, évaluatrice, animatrice d’ateliers et de séances diverses, directrice et productrice indépendante et au sein du réseau national dirigé par les artistes, de l’industrie nationale de musique indépendante, de divers établissements éducatifs, des Premières nations, de conseils tribaux et d’organismes gouvernementaux (provinciaux et fédéraux), dans cet espace maintenant appelé Canada.
Sa pratique est une investigation du point de rencontre entre la vision du monde crie (nêhiyawin), l’inter- et la multidisciplinarité de l’expression créatrice inhérentes à d’autres cultures autochtones, mondiales et jeunes, ainsi que l’identité établie qui résulte de l’auscultation d’un point de vue propre (et d’une vision du monde) dans un milieu de vie. Dans le cours de cette investigation, Cheryl L’Hirondelle conçoit des représentations fondées sur l’endurance physique, des infiltrations et des interventions, des installations adaptées à un lieu particulier, des projets interactifs de net.art. Elle continue par ailleurs à chanter, créer des rythmes, danser et raconter, chaque fois qu’elle le peut et partout où elle le peut.

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